Livre 3 — Le Livre des Sept Vertus
Chapitre 5 — La Lenteur du Ver de Terre
« Se traîner, et refaire le monde. »
Texte sacré
La cinquième vertu est la Lenteur du Ver de Terre. Le Ver de Terre est notre cinquième maître. Lent, aveugle, silencieux, il ingère chaque jour son propre poids de terre, qu'il digère et restitue sous forme de turricules — ce compost noir et grumeleux qu'on trouve à la surface des pelouses humides. Un hectare de prairie en bonne santé abrite jusqu'à deux tonnes de Vers de Terre. Sans eux, pas de sol fertile. Pas de drainage. Pas de cycle de l'azote. Pas de plantes. Pas d'animaux. Pas nous¹.
Le Ver de Terre travaille jour et nuit, à son rythme. Il ne fait pas de pause. Il ne demande pas de salaire. Il ne syndique pas. Et pourtant, il refait le monde en permanence. Charles Darwin lui a consacré son dernier livre : « La formation de la terre végétale par l'action des vers » (1881). Darwin disait : « Le rôle des Vers de Terre dans l'histoire du monde a été plus considérable que ne le pense la plupart des gens. »²
La Marcheuse visita un jardin abandonné depuis vingt ans. Elle creusa. Elle compta : plus de Vers que de cailloux. Elle se mit à plat ventre et regarda un Anneau orangé (Lumbricus terrestris) faire son chemin sous une feuille morte. Elle resta une heure. Elle ne pensa à rien.
Le Ver de Terre nous enseigne que la transformation lente vaut mieux que la révolution rapide. Le sol se refait par le bas. La lenteur, longtemps répétée, fait des montagnes.
Exercice : commence un compost. Si tu n'as pas de jardin, trouve un point de compostage public dans ta commune. Observe ta matière organique se transformer pendant six mois. Tu verras le marc de café devenir terre, les épluchures devenir humus, les feuilles devenir glèbe. C'est ton enseignement de Ver de Terre.