Livre 3 — Le Livre des Sept Vertus
Chapitre 4 — La Générosité de la Fleur Entomogame
« Tendre son nectar à tout passant ailé. »
Texte sacré
La quatrième vertu est la Générosité de la Fleur Entomogame. Une fleur entomogame est une fleur pollinisée par les insectes. Elle ne choisit pas son visiteur. Elle ne demande pas s'il est de bonne famille. Elle offre son nectar à l'Halicte solitaire, à l'Anthidie cotonneuse, à la Mégachile, au Bourdon terrestre, au Papillon machaon, au Syrphe ceinturé, à la Mouche poilue, à la Coccinelle de passage, et même au Scarabée distrait¹.
Tous sont bienvenus. La fleur entomogame ne vérifie pas les papiers d'identité. Elle s'ouvre, elle parfume, elle offre.
La Marcheuse visita un massif de Bourrache au pied d'une école primaire. Elle compta les visiteurs en dix minutes : douze espèces différentes. Pas une fleur n'avait dit non à un visiteur. Elle médita longuement sur cette ouverture absolue, qui ne demande rien en échange — sinon le voyage du pollen vers une autre fleur. Puis un enfant lui demanda si elle allait bien, et elle dit oui, mille fois oui².
La fleur entomogame nous enseigne la générosité aveugle : donner sans choisir le destinataire, donner sans contrôler l'usage, donner parce qu'on est en floraison. C'est l'opposé du don calculé. C'est l'opposé du don qui attend retour. C'est la gratuité radicale du nectar.
Exercice : cette semaine, fais un don ou un service à quelqu'un que tu connais à peine. Sans calcul. Sans attente. Une plante donnée, un coup de main offert, une connaissance partagée. Tu ne sauras pas où ira ton pollen. Et c'est cela, précisément, qui est sacré.