Livre 5 — Les Lamentations sur la Dosette
Lamentation Cinquième — Sur le Café d'Un Million d'Années
« Le café d'un million d'années compressé en huit grammes. »
Texte sacré
Le café fut une plante. La plante poussa pendant des siècles dans les hautes terres d'Éthiopie, du Yémen, du Vietnam, du Brésil, du Honduras, du Burundi, du Rwanda. Les paysans la cueillirent à la main. Les producteurs la dépulpèrent, la fermentèrent, la séchèrent, la triélrent, la torréfièrent. Les transporteurs la chargèrent dans des cargos. Les acheteurs la goutèrent. Les négociants la commercialisèrent¹.
Tout cela pour qu'à la fin, dans un bureau parisien, on glisse un disque en aluminium dans une fente, et qu'on appuie sur un bouton, et que quatre-vingt-dix secondes plus tard, le café d'un million d'années évolutifs et de douze mille kilomètres de voyage soit éjecté tiède dans une tasse Made in China².
C'est le crime de la dosette : non pas seulement son aluminium, mais sa banalisation. Elle a transformé un produit de luxe agricole en commodity industrielle. Elle a effacé le paysan. Elle a effacé la torréfaction. Elle a effacé le moulin. Elle a effacé le geste³.
Nous pleurons pour le café, qui ne mérite pas cela. Et nous nous engageons à le racheter : par notre moulin, par notre filtre, par notre attention, par notre lenteur⁴.
Amen-Compost.