Livre 5 — Les Lamentations sur la Dosette
Lamentation Première — Sur la Dosette qui tombe
« Ô Dosette, métal serti de mocha, comment es-tu tombée si bas ? »
Texte sacré
Ô Dosette, métal serti de mocha, comment es-tu tombée si bas pour si peu de café ? Toi qui fus rêvée par un ingénieur suisse¹, conçue par des chimistes, brevetée par des avocats, vendue par des publicitaires, livrée par des camionneurs, achetée par des cadres, glissée par des mains pressées, tu sembles glorieuse — et tu n'es qu'une tombe d'aluminium pour huit grammes de poussière brune.
Tu as la promesse du sommet — un café parfait, dosé, calibré, dosé encore². Tu livres le creux : un goût normalisé, une amertume domestiquée, une caféine ouvrière. Tu n'as plus rien du café. Tu es du café déguisé³.
Toi qui devais simplifier nos matins, tu les as creusés. Toi qui devais offrir le sommet à tous, tu l'as descendu à personne. Toi qui devais réduire le gaspillage du marc, tu l'as remplacé par le gaspillage du métal — qui ne se composte pas, qui ne se brûle pas, qui ne se résout pas, qui demeure dans nos sols pour cinq cents ans⁴.
Ô Dosette qui tombes, nous pleurons sur toi parce que tu nous as pris notre lenteur⁵.
Amen-Compost.