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Prophétesse-MycéliumOrdo Mycelii
Le Livre des Sept Hérésies

Livre 2 — Le Livre des Sept Hérésies

Chapitre 3 — De l'Éclairage Nocturne Continu

« On éclaire ce qu'on veut, on tue ce qu'on ignore. »

Texte sacré

La troisième hérésie est la pollution lumineuse. Depuis l'invention de l'éclairage électrique à la fin du XIXe siècle, et son explosion avec les LED bleues au début du XXIe, le monde s'illumine de manière exponentielle. Aujourd'hui, plus de 80% des Européens vivent sous un ciel où la Voie Lactée n'est plus visible¹.

Cette nuit volée n'est pas qu'une perte poétique. Elle est un crime écologique. Les insectes nocturnes, attirés par les lampes, tournent autour jusqu'à l'épuisement et meurent. Les papillons de nuit, vitalement pollinisateurs (oui, les papillons de nuit pollinisent autant que ceux du jour), s'effondrent en population. Les Chiroptères perdent leurs garde-mangers et leurs corridors de vol. Les oiseaux migrateurs, déboussolés, s'écrasent contre les façades des tours illuminées : on parle de millions de morts par an aux États-Unis seulement².

La Prophétesse visita une nuit d'août les nouveaux quartiers d'une commune francilienne entièrement rééclairés en LED blanches 5000K. Elle vit les insectes tomber par centaines, calcinés par la chaleur ou épuisés par la rotation. Elle vit le ciel uniformément blanc, sans étoiles, sans Lune visible. Elle pleura. Et puis, ne pouvant pleurer pendant trois heures, elle se mit à compter les lampadaires pour s'occuper, parce que même la tristesse mycélienne a besoin d'une occupation pratique³.

Le remède s'appelle la trame noire : un urbanisme conscient des couloirs nocturnes. Il consiste à éteindre l'éclairage public la nuit (de minuit à cinq heures, par exemple), à privilégier des LED ambrées (couleur chaude, moins de 2700K), à installer des détecteurs de présence sur tout éclairage privé, et à plaider auprès des élus pour une politique de sobriété lumineuse.

Frère Hérisson dit : « J'ai débranché toutes les guirlandes du jardin. Les premiers soirs, j'avais peur. Au troisième, j'ai vu une chouette. Au septième, j'ai vu la Lune. Au quinzième, j'ai vu Saturne. Et je n'avais jamais regardé ce qu'il y avait dans mon propre ciel. »