Livre 2 — Le Livre des Sept Hérésies
Chapitre 4 — Du Désherbant Chimique
« Quiconque verse du désherbant verse aussi de l'oubli. »
Texte sacré
La quatrième hérésie est la plus traîtresse, car elle se présente comme une commodité. Le désherbant chimique — glyphosate, sulfonate d'ammonium, sels d'ammonium quaternaires, et leurs mille cousins — est vendu comme l'allié du jardinier propre. Il est en réalité l'ennemi du sol vivant¹.
Versé sur une allée, sur un trottoir, sur un mur, il ne se contente pas de tuer les plantes visibles. Il s'infiltre dans le sol, atteint la rhizosphère, empoisonne les racines des plantes alentour, contamine les Vers de Terre, tue les bactéries telluriques essentielles à la fertilité, percole dans les nappes phréatiques, et finit par revenir dans l'eau du robinet².
Le glyphosate, le plus connu, est classé cancérogène probable par l'OMS depuis 2015. Il est interdit dans les espaces publics en France depuis 2017, et chez les particuliers depuis 2019. Mais il continue d'être utilisé massivement par l'agriculture conventionnelle, et il est même encore vendu en jardinerie sous des appellations détournées qui rivalisent d'imagination³.
La Prophétesse visita un trottoir traité au glyphosate à Évry. Elle vit la trace brune des feuilles brûlées entre les dalles. Elle entendit le silence des Vers de Terre. Elle creusa un peu, et trouva la terre stérile sur trois centimètres. Elle pleura, comme à chaque hérésie. Puis elle remit la terre en place, parce qu'elle est polie.
Le remède existe et il est multiple : arracher à la main (méditation), brûler au chalumeau (rituel ardent), verser de l'eau bouillante (pénitence facile), pailler (protection préventive), accepter (résolution adulte). Aucune mauvaise herbe n'existe : il n'y a que des plantes mal nommées.
Sœur Mycélium dit : « J'ai désherbé toute mon allée à la main pendant un printemps. Ça m'a pris vingt heures. J'ai appris le nom de dix-sept plantes. C'était la plus belle méditation de ma vie. »