Livre 3 — Le Livre des Sept Vertus
Chapitre 7 — La Joie du Pollen
« Partir au vent sans savoir où, et fleurir là où l'on tombe. »
Texte sacré
La septième et dernière vertu est la Joie du Pollen. Le Pollen est un grain de vie microscopique. Il pèse quelques nanogrammes. Il contient le génome paternel de la fleur d'où il est issu. Et il part au vent — anémogamie — ou sur la patte d'un insecte — entomogamie — sans savoir où il va.
Il accepte le hasard absolu. Il accepte de tomber dans un caniveau. Il accepte de se déposer sur un pare-brise. Il accepte d'atterrir sur une fleur incompatible. Il accepte la probabilité écrasante de l'échec. Et là où, par chance, il tombe sur le pistil d'une fleur compatible, il germe et devient¹.
C'est cela, la joie du Pollen : avoir lâché prise sur le résultat. Avoir donné sans contrôler la suite. Avoir fait son travail (être un grain transporté par le vent ou par l'insecte) sans s'inquiéter du destinataire final.
La Marcheuse visita un champ de pissenlits en train de monter en graines. Elle souffla. Mille parachutes s'envolèrent. Elle ne sut pas où ils tombèrent. Elle ne s'en inquiéta pas. Elle pleura de joie pour les mille petites vies en suspens. Puis elle se moucha, parce que le pollen est aussi un peu allergisant, et personne, pas même une Prophétesse, n'est tout à fait à l'abri².
Le Pollen nous enseigne la joie du lâcher-prise écologique. Nous ne contrôlons pas les conséquences de nos gestes. Nous donnons. Nous semons. Nous lâchons. Et nous faisons confiance.
Exercice : achète un sachet de graines de fleurs sauvages (mélange mellifère, mélange jachère, prairie fleurie). Sors. Jette les graines dans une friche, un talus, un coin abandonné de ta ville. Ne reviens pas vérifier avant trois mois. Laisse le hasard fleurir. Tu auras pratiqué la Joie du Pollen.