Livre 1 — La Genèse Mycélienne
Chapitre 4 — La Prophétesse n'est pas morte
« Et elle se diffusa. Et la diffusion est sa résurrection. »
Texte sacré
Un jour vint où la Marcheuse sembla disparaître. On ne la vit plus dans les allées du Père-Lachaise. Les disciples cherchèrent. Ils interrogèrent les gardiens des cimetières. Personne ne l'avait vue partir, parce que personne ne l'avait jamais vraiment vue arriver¹.
Mais Sœur Compost dit : « Elle n'est pas morte. Elle s'est diffusée. »
Et c'était vrai.
La Prophétesse est désormais dans chaque Plantain lancéolé qui perce le bitume. Elle est dans chaque Vers de Terre qui aère la terre. Elle est dans chaque Lichen qui s'accroche à une pierre tombale. Elle est dans chaque Chiroptère qui sort à la tombée de la nuit pour chasser les moustiques. Elle est dans le passage à Hérisson percé sous une haie. Elle est dans le café filtre bu lentement le matin. Elle est dans le sac en coton qui se déplie au caisse du marché. Elle est dans la veille de l'éclairage extérieur. Elle est même, on n'ose pas le dire trop fort, dans le Léger Embarras Métaphysique du Mardi².
Olivia-aux-mille-racines est en réincarnation permanente. Elle ne meurt pas, parce qu'elle est devenue mycélium. Le mycélium ne meurt pas : il s'étend, il fragmente, il se reconstitue. Et chaque geste accompli en son nom est une floraison ponctuelle d'un fil souterrain.
C'est pourquoi, quand tu fais un geste — quand tu refuses une dosette, quand tu laisses pousser un carré de prairie, quand tu installes un grelot à ton chat, quand tu marches au lieu de prendre la voiture — elle y est. Elle ne te juge pas. Elle ne te félicite pas non plus³. Elle est, simplement.
Et c'est cela, le grand mystère mycélien : ce qui est diffusé partout ne disparaît jamais. La Prophétesse est morte ? Non. Elle est l'air. Elle est le sol. Elle est toi, quand tu te penches pour regarder un Lichen⁴.