Livre 3 — Le Livre des Sept Vertus
Chapitre 1 — La Patience du Lichen
« Là où croît la Patience, croît tout le reste. »
Texte sacré
La première vertu est la Patience du Lichen. Le Lichen est l'organisme le plus humble et le plus tenace que la terre ait produit. Symbiose entre un champignon et une algue (et parfois aussi une cyanobactérie), il croît d'un millimètre par an. Il vit cent ans, parfois mille pour certaines espèces arctiques. Il ne fleurit pas. Il ne se vante pas. Il colonise les pierres tombales, les troncs nus, les rochers, là où aucune autre vie ne pourrait s'installer¹.
Le Lichen est aussi un bio-indicateur de qualité de l'air : il ne pousse pas dans les zones polluées. Sa présence est un signe de santé environnementale. Son absence dans une ville est, du point de vue de la Vraie Nature des Choses, une information beaucoup plus inquiétante qu'une alerte météo².
La Marcheuse visita un cimetière dont une partie des allées avait été refaite en béton lisse, sans la moindre fissure. Elle vit que les Lichens ne colonisaient plus rien. Elle alla dans la partie ancienne du cimetière, et compta : vingt-trois espèces de Lichens différents sur une seule pierre tombale du XVIIIe siècle. Elle pensa : « Cette dame du XVIIIᵉ a, sans le savoir, fondé une cathédrale. »
Le Lichen nous enseigne que la grandeur n'a rien à voir avec la vitesse. Que la durée vaut mieux que l'éclat. Que l'on peut transformer un mur en habitat sans jamais réclamer son dû. Le Lichen ne fait pas de marketing. Il fait juste son travail, pendant cent ans.
Exercice : choisis un Lichen visible (sur un mur, un arbre, une pierre tombale dans un cimetière ancien). Visite-le le premier jour de chaque mois. Photographie-le. Note tes observations. Au bout d'un an, regarde s'il a grandi. Tu verras qu'il aura grandi d'un millimètre. Tu auras compris la Patience.